Traits pleins : cônes humains (3 types, pas d’UV).
Pointillés : cônes des truites (4 types, avec un cône UV à ~360 nm).
On voit bien que la truite a accès à une gamme élargie vers l’ultraviolet, et une perception des couleurs différente de la nôtre.
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3. La perception des couleurs sous l’eau
La lumière change rapidement en fonction de la profondeur et de la clarté de l’eau :
Le rouge disparaît dès 2–3 mètres de profondeur : les objets rouges deviennent sombres.
Le vert et le bleu dominent, car ils pénètrent plus profondément dans la colonne d’eau.
Les contrastes sont souvent plus importants que la couleur pure.
Ainsi, une mouche rouge peut paraître noire en profondeur, tandis qu’une mouche contrastée bleu/vert reste visible.
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4. La vision ultraviolette chez la truite
La perception des UV est un atout majeur pour les truites, surtout chez les jeunes individus. Avec l’âge, certaines populations perdent en sensibilité UV, mais cette vision reste présente et fonctionnelle chez de nombreux salmonidés.
Les UV jouent un rôle dans :
la détection du plancton et de petites proies translucides,
la reconnaissance entre congénères (communication visuelle, reproduction),
la détection d’insectes dont les ailes réfléchissent les UV à la surface de l’eau.
Pour les pêcheurs, cela explique pourquoi certaines mouches avec des touches de couleurs obtenues par l’emploi de matériaux UV (globrite, billes, dubbing…) sont particulièrement efficaces en eaux claires.
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5. Applications pratiques pour la pêche
Connaître la vision de la truite permet d’adapter sa stratégie :
En eau peu profonde et claire : les truites distinguent bien les UV et les contrastes → les mouches avec des fibres UV peuvent être plus attractives.
En eau trouble ou profonde : miser sur les contrastes forts (noir/blanc, bleu/vert) plutôt que sur les couleurs fines.
Au crépuscule ou par faible luminosité : les bâtonnets dominent → privilégier des silhouettes marquées et des mouches sombres.
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6. Conclusion
La truite possède une vision exceptionnelle, allant de l’ultraviolet au rouge-orangé, avec une sensibilité accrue aux bleus et verts, les couleurs les plus présentes sous l’eau. Cette perception influence son comportement alimentaire et ses réactions sur nos imitations.
En intégrant ces connaissances, le pêcheur à la mouche peut optimiser le choix de ses modèles et améliorer son efficacité au bord de l’eau, en jouant notamment sur les contrastes et les fluo/UV.
Sur ce… Bon montage à tous!!!!
Astuce: si vous souhaitez vous rendre compte de la capacité de vos matériaux à réagir aux UV, éteignez la lumière de votre atelier, et passez votre caisse de montage à la lampe à uv qui vous sert normalement à la polymérisation de vos résines…. vous serez surpris!
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Sources et références
Bowmaker, J.K. & Kunz, Y.W. (1987). Ultraviolet receptors, tetrachromatic colour vision and retinal mosaics in the brown trout (Salmo trutta). Vision Research, 27(11), 2101–2108.
Hawryshyn, C.W. & Harosi, F.I. (1994). Spectral sensitivities of visual pigments in rainbow trout (Oncorhynchus mykiss). Vision Research, 34(11), 1385–1392.
Flamarique, I.N. (2013). Opsin switch reveals function of the ultraviolet cone in fish foraging. Proceedings of the Royal Society B, 280(1762), 20122490.
Novales Flamarique, I. & Hawryshyn, C.W. (1997). Is the use of underwater polarized light by fish restricted to crepuscular time periods?. Vision Research, 37(5), 975–989.
Randin, O. (2018). La perception des couleurs chez les salmonidés : implications pour la pêche sportive. Revue Suisse de Biologie Aquatique, 74(2).
Grégoire JUGLARET